Persévérance sportive chez les adolescentes : créer des environnements où elles choisissent de rester

« Les adolescentes ne quittent pas toujours leur sport parce qu’elles n’aiment plus bouger. Elles partent souvent parce qu’elles ne se reconnaissent plus dans l’expérience sportive qu’on leur propose. »

Cette réalité, je l’observe aujourd’hui dans mon rôle auprès d’athlètes en gymnastique et en cheerleading, mais je l’ai également vécue personnellement dans mon parcours sportif. À différents moments, l’envie de continuer ne dépendait pas uniquement de la passion pour le sport, mais aussi du sentiment d’appartenance, de la confiance en soi et de la qualité de l’environnement dans lequel j’évoluais.

Comprendre la persévérance sportive chez les adolescentes, c’est donc accepter que leur motivation change et que nos environnements doivent évoluer avec elles.

L’adolescence : un moment charnière pour rester ou quitter

Au Québec comme ailleurs au Canada, les données montrent une réalité préoccupante : la participation sportive des filles diminue significativement à l’adolescence. Par exemple, seulement environ 38 % des filles de 16 à 18 ans pratiquent un sport régulièrement, contre près de 58 % chez les garçons du même âge. 

Plus largement, certaines études indiquent qu’environ une fille sur trois abandonne le sport durant l’adolescence, un taux nettement plus élevé que chez les garçons. 

Ces chiffres ne reflètent pas une perte d’intérêt pour le mouvement, mais plutôt une transformation des besoins. À cette période, les adolescentes cherchent davantage :

  • du sens dans leur engagement (ex. des discussions d’équipe sur les objectifs personnels, des journaux de progression ou des rencontres individuelles régulières)
  • un environnement sécuritaire et inclusif (ex. des codes d’équipe co-construits, des espaces de parole sécuritaires en début ou fin d’entraînement)
  • un équilibre entre plaisir, performance et bien-être (ex. intégrer des défis ludiques, créer des moments sans pression de performance ou entraînements thématiques)

Ce que j’observe sur le terrain

Dans le cheerleading, discipline exigeante autant physiquement que mentalement, certains éléments reviennent constamment.

Les adolescentes restent lorsqu’elles :

  • se sentent réellement écoutées (ex. faire des périodes « check-in » émotionnel en début d’entraînement)
  • perçoivent leur progression personnelle (ex. mise en place de tableaux de progression individuelle, création d’objectifs SMART personnalisés)
  • trouvent un espace où elles peuvent être elles-mêmes sans jugement (ex. créer des rituels d’équipe, organiser des activités de cohésion ou des discussions ouvertes sur les défis vécus)

À l’inverse, lorsque la performance devient la seule mesure de valeur ou que la comparaison prend trop de place, la motivation peut s’effriter.

La persévérance ne se construit pas uniquement par l’exigence, elle se construit par la relation.

Le sentiment d’appartenance : le moteur invisible

Parmi tous les facteurs liés à la rétention des adolescentes en sport, le sentiment d’appartenance ressort comme l’un des plus puissants.

Dans un sport collectif comme le cheerleading, la confiance mutuelle, la coordination et la cohésion d’équipe créent un terrain fertile pour développer ce sentiment. Mais il ne s’installe pas automatiquement.

Il doit être intentionnellement cultivé :

  • valoriser chaque contribution individuelle;
  • reconnaître les efforts quotidiens;
  • créer des moments de connexion en dehors de la performance;
  • encourager une communication ouverte entre entraîneur·e·s et athlètes.

Quand une adolescente se sent essentielle à son équipe, elle développe une motivation beaucoup plus durable.

Redéfinir la réussite sportive

Une autre clé importante consiste à élargir la définition du succès.

Trop souvent, la réussite est associée uniquement aux résultats ou à la performance technique. Or, pour favoriser la persévérance, il devient essentiel de reconnaître :

  • la progression personnelle (ex. analyse vidéo avant/après)
  • la résilience face aux défis (ex. célébrer les tentatives et non seulement les réussites)
  • la collaboration avec l’équipe (ex. objectifs collectifs ou défis coopératifs)
  • le plaisir d’apprendre (ex. périodes d’exploration technique sans évaluation)

Les entraîneur·e·s jouent un rôle déterminant dans cette transformation. Leur posture influence directement la manière dont les athlètes perçoivent leurs réussites et leurs apprentissages.

Le rôle des adultes : créer un environnement qui donne envie de rester

La persévérance sportive repose sur un écosystème complet.

Entraîneur·e·s, parents et organisations peuvent contribuer concrètement en :

  • offrant une rétroaction constructive;
  • adaptant les objectifs aux réalités individuelles;
  • valorisant l’effort autant que le résultat;
  • maintenant un équilibre sain entre plaisir et performance.

Lorsque les adolescentes sentent que leur bien-être est priorisé, leur engagement devient plus profond et durable.

Former des athlètes et des jeunes femmes confiantes

Au-delà des routines et des compétitions, le cheerleading constitue un puissant outil de développement personnel. Leadership, confiance en soi, gestion des émotions et résilience deviennent des compétences transférables bien au-delà du sport.

Favoriser la persévérance sportive chez les adolescentes, c’est donc créer des environnements où elles se sentent légitimes, soutenues et inspirées. Ce n’est pas seulement une question de rétention, c’est une opportunité de former une génération de jeunes femmes fortes, engagées et confiantes.


 Mélody Taupenot

Directrice générale adjointe du Club Gymini et G-Force Cheerleading

 

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